Geneviève Pruvost

Profession: policier
Sexe: féminin

Féminisation de la Police
ou
Masculinisation des Femmes?

  

      Un des fondements de la division sexuelle du travail est de réserver aux hommes le maniement des outils sophistiqués comme les armes. La féminisation de la police (institution spécialisée dans l'usage de la contrainte physique) est donc un événement. Les policiers sont les seuls habilités à utiliser la violence légalement. Les femmes partagent-elles ce monopole? Peut-on réélement parler de « féministaion » de la profession de policier?

I - La conversion au métier

            Les femmes choisissent pour 29% d'entre-elles ce métier en raison d'un attrait pour le fonctionnariat que ce soit pour la sécurité de l'emploi, par hasard selon les admissions aux concours administratifs ou encore à cause d'un choc biographique (echec scolaire, professionnel ou familial) les obligeant à une reconversion rapide. Pour les femmes empretant cette voie par vocation, la famille joue une rôle majeur. Ainsi on constate que pendant leur enfance elle avait une socialisation principalement masculine (jeux de garçons, sports, élevées comme des garçons manqués ou manquants). Cela leur a montré la possiblité d'amitiée homme/femme sans engagement sexuel et la plupart d'entre-elles vont chercher à éviter « l'entre-femmes » des métiers féminins. Ces femmes s'estiment dotées d'une audace, de compétences de caractère et de force supérieur à la moyenne des femmes. Il y a donc une corrélation entre une éducation non traditionnelement féminine et la vocation de policier.

On constate ensuite, de la part de ces femmes, une idéalisation du métier, elles sont d'avantage portées que les hommes par l'aventure supposée du métier, ensuite vient la volonté de rétablir l'odre. Elles nient avoir pu être motivées par le fait d'exercer un métier d'homme, mais partout on éntend qu' « il n'y a pas d'hommes ni de femmes, on est tous des flics », dans ce contexte, il paraît difficile d'assumer une motivation qui soit différente de celle des hommes.

La formation (au sens hughesien de moment de conversion dans le but de donner à un individu une identité de professionnel) commence pour les femmes aux concours. Elles sont en effet sujettes à une forte discrimation et une sursélection dans les épreuves orales et sportives, épreuves où elles ne peuvent pas cacher le fait qu'elles soient des femmes. Elles vont en plus être jugées sur leur apparence physique, elle ne doivent pas surjouer la féminité (bijoux, maquillage) mais être belle et mince est un atout. Cette difficulté accrue va leur permettre d'asseoir leur légitimité lorqu'elles sont reçues car ellea apparraissent comme plus exceptionnelles.

Le but de la formation, qui se passe dans un lieu coupé du monde exterieur, est d'uniformiser les corps et les esprits. Ainsi, le port de l'uniforme lors des cours est obligatoire et une coiffure correcte est exigée, mais le chignon étant vu par les femmes comme une contrainte, beaucoup se coupent les cheveux. Tout cela mène à une asexuation des corps et à un univers androgyne. Cela est renforcé par le fait que les femmes et les hommes sont logés à la même enseigne en ce qui concerne les travaux domestiques ( nettoyage des locaux,...)

Les normes viriles sont fortement valorisées. Trois stratégies s'offrent aux femmes; tout d'abord le régime compensatoire (distinction du barème sportif,...); ensuite la diqualification du féminin (armes plus petites pour les femmes car mieux adaptées à leur main); ou enfin l'adhesion à l'idéologie virile (résistance, violence, obeissance). Si les deux premières stratégies entérinent l'infériorité des femmes, la dernière est valorisée car elle va les préparer à la « violence sans galanterie » du terrain.

Le stage va être le moment de confrontation avec le monde policier et la rue (risque physique, mort,...). Mais en plus du test du contrôle des émotions que cela implique les femmes vont devoir passer un test de compétences et montrer qu'elles ont leur place (La police repose sur une grande interdépendance, il y a donc une forte méfiance envers les nouveaux surtout si ce sont des femmes).

Au cours de la formation, les différences physiques (âge, poids, taille, sexe) sont annulées au profit d'une communauté de statuts et de grades, et de division en fonction des promos, des convictions politiques ou encores des mentalités.

II - La carrière

            Une carrière (dans le sens de trajectoire sociale) peut-être considérer comme réussie en fonction de la place dans la hiérachie, du prestige du service, ou encore par la conciliation de la vie de famille et de la vie professionnelle. A la fin de la formation, les postes sont choisis selon le rang de la classe (1e classé, 1e servi) un procédé méritocratique qui ouvre la porte à la féministaion des bastion masculin. Mais l'affectation à une fonction sur le site choisi dépend du chef de service, rien ne garantit donc, quand l'une entre chez les CRS par exemple, de pouvoir être sur le terrain plutôt que dans les bureaux.

La police est marquée par une forte mobilité interne (policiers de même grade passent de poste en poste), cependant, celle-ci est soumise à une diverses resctrictions pour les femmes. Tout d'abord, elles doivent être réparties également dans les différentes brigades (principe de dissémination des femmes), la proportion de femmes dans une brigade doit rester la même et plus le poste est prestigieux (CRS, Raid,...), moins les femmes ont de chance de l'obtenir (car mise en place d'une forte selection avec des épreuves sportives drastiques ou un fort numerus clausus). L'argument comme quoi il y a restriction a cause de l'infériorité physique des femmes n'est pas fondé car ces brigades fondent leur force sur la un usage collectif, non pas individuel.

Être policier éxige une grande disponibilité familiale. Les femmes vont choisir majoritairement un conjoint policier (il peut comprendre sa vie et laisser sa femme s'investir dans son métier). C'est un modèle homogame avec une forte hypogamie car si une femme choisi l'hypergamie, elle est soupçonnée de coucher pour avoir une promotion. Le mot d'ordre dans la famille et de s'organiser pour rester disponible pour son travail, non pas pour les enfants, c'est un véritable sacrifice de la vie de famille.

Les femmes vont donc prolonger leur célibat différer la naissance de leur premier enfant. L'absence d'engagement familial (être ni mariée, ni mère) est un atout. Le modèle masculin (avec peu de charges domestiques et familiales) est toujours le référent.

III - L'indifférenciation des tâches

            La hiérarchie de sexe, comme celle de l'âge passe après les distinctions professionnelles (grades, ancienneté,...) ainsi que de la division du travail opposant les policiers ayant le pouvoir de commandement et les subordonnés. L'ancienneté peut être entendu sous deux sens souvent corrélés; le vieillissement et l'accumulation d'experience professionnelle. Cette double ancienneté conditionne la repartition des rôles dans la patrouille. Les plus anciens et les plus expérimentés écopent des taches les plus nobles, tandis que les plus jeunes, les moins éxpérimentés et les moins gradés écopent des tâches les moins valorisantes. Cette division du travail est totalement acceptée par tous puisqu'elle permet à chacun de trouver sa place.

Les policiers sont confrontés à la manipulation des morts et au contact avec la misère humaine et la déviance. Ils ont tous fait l'experience du sale boulot (usage de la force, hospitalisation d'office, fouille à corps, annonce de décès à la famille,...). Cela est l'occasion de rappeler les limites de leur sensibilité, il y a une intercompréhension. Bien que très hiérarchisé, il existe une égalité fraternelle entre membres.

Cette indiférenciation repose sur trois principes: évitement de la violence (en établissement une relation d'autorité en intervenant en masse et en spécialisant certaines brigades dans l'application de la force, comme les CRS), la civilisation des moeurs policières (avec notament, pendant les années 70, un changement de perception des normes viriles qui autorise une plus grande expression emotive), et la préservation de cinq règles sexuées. Tout d'abord, l'éxamen d'un corps se fait par un policier de même sexe. Le traitement des cas de femmes violées ou battues se fait par les femmes si possible. Si un homme ne veut pas être interrogé par un femme, il peut demander à l'être par un homme. Les femmes doivent être en minorité lors des sorties sur la voie publique. Enfin les femmes servent plus fréquement d'appat. Tout cela montre les limites à un professionalisme unisexe.

IV - La virilité à l'honneur

              Le métier de policier éxige une mise à distance de la fragilité, des émotions et une forte disponibilité. La virilité est donc valorisée, cela signifie une disqualification du féminin, mais aussi qu'il faut avoir de la force, du courage et la capacité à se battre.

Les femmes vont devoir se plier à un travail de virilisation dont le but est de les faire devenir des « policiers virils de sexe féminin ». Elles vont devoir montrer des signes de virilité (ne pas susciter le désir masculin, avoir un bon niveau sportif et une bonne forme physique, savoir parler vrai –blagues salaces, vulgarité- , rejeter la dimension sociale du métier et faire preuve d'aptitude à la violence). Cependant, plus on monte en grade, plus la féminité est un atout, à cause des obligations mondaines. Il y a donc deux mouvements de virilisation; une inversion du genre pour les grades moyens et inferieurs et une déféminisation partielle pour les grades supérieurs.

Trois groupes de femmes sont sujettes à la mysoginie. Tout d'abord, celles qui exercent un métier typiquement féminin (secrétariat, brigade des mineurs,...) ne sont pas considérées comme de vraies policiers. Ensuite, les femmes enceintes et les mères d'enfants en bas âge car ces femmes heurtent un tabou: l'incompatibilité de la femme donneuse de vie et de la femme témoin, annonciatrice ou même donneuse de mort. Enfin ce sont les femmes en général qui sont stygmatisée par certains hommes, même lorsqu'elles jouent le jeu de la virilisation.

Les femmes mettent alors en place différentes tactiques: viriliser les métier typiquement féminins (en insistant sur la pénibilité des affaires, la violence du travail et la necessité de resistance nerveuse et psychologique), revendiquer la minorité numérique (qui leur approte du prestige) et enfin éviter la solidarité féminine trop ostensible. Il n'y a pas de stratégie collective féminine, chacune cherche son bien-être personnel.

Pendant le temps de relachement, on assiste à un comportement régressif des policiers. Les femmes sont acceptées dans un premier cercle de relachement (les repas, la « communion dépressive » -dévoiler ses souffrances après une affaire difficile-, l'humour avec des blagues salaces, sexistes,...). Cependant elles ne sont pas admises dans le second cercle où il s'agit du même type de détante mais avec des excès (alcoolisme, extraconjugalité,...)

  

            On constate donc qu'l n'y a pas de profil type de la femme policier mais il y a des traits récurents: le fait d'être séduit par l'aventure plus que par l'aspect social, une vocation issue d'une socialistaion masculine, un attrait pour le fonctionnariat quand ce n'est pas par vocation (ce qui montre une certaine banalisation de cette orientation professionnelle pour les femmes). De plus on constate que les doivent se plier à un impératif de virilisation et que même avec cela, elles peuvent être stigmatisées, tant par leurs homologues masculins que féminins.